La semaine dernière, la Commission européenne a présenté de nouvelles mesures destinées à protéger le secteur sidérurgique européen face à la surcapacité mondiale.
La proposition de la Commission — qui prévoit notamment un droit de douane de 50 % sur toutes les importations d’acier qui dépassent certains quotas — constitue un soulagement pour les producteurs européens. Elle n’est cependant pas une solution miracle.
Surcapacité mondiale
Au cours de la dernière décennie, la production européenne d’acier a connu un déclin continu, passant d’environ 16 % de la production mondiale en 2004 à 7-8 % aujourd’hui. Dans le même temps, la part de la Chine est montée en flèche, passant de 25,8 % à plus de 50 %.
Ce déséquilibre s’explique en grande partie par une production excédentaire. La majeure partie de cet excédent provient de Chine, dont la stratégie industrielle repose sur d’importantes exportations et une consommation domestique limitée.
Plus récemment, la décision de Donald Trump de doubler les droits de douane (de 25 % à 50 %) sur l’acier et l’aluminium a ravivé les craintes européennes : les exportations chinoises initialement destinées au marché américain pourraient être redirigées vers l’UE, aggravant les difficultés des producteurs européens.
“Nous avons besoin de protection, sinon l’industrie sidérurgique ne survivra pas”, déclarait le mois dernier un dirigeant de Thyssenkrupp, le deuxième producteur européen d’acier, au Financial Times.
Baisse des quotas, hausse des droits de douane
Introduites pendant la première présidence Trump, les mesures de sauvegarde visent à protéger les producteurs européens contre les afflux soudains d’acier importé.
Elles prennent la forme d’un contingent tarifaire, limitant le volume d’acier importé dans l’UE et imposant un droit de 25 % sur les importations dépassant ce seuil.
Si la proposition de la Commission est adoptée, les quotas seront réduits de près de moitié et les tarifs portés à 50 %.
Si ces mesures promettent un répit aux sidérurgistes européens, elles risquent de tendre les relations avec les partenaires non européens, en particulier le Royaume-Uni.
L’UE constitue en effet le premier marché d’exportation de la sidérurgie britannique, et ces mesures pourraient être fatales pour plusieurs entreprises du secteur. Elles pourraient aussi entraver les efforts de rapprochement post-Brexit — et, plus généralement, avoir un impact négatif sur la perception des partenaires commerciaux de l’UE.
L’UE doit s’attaquer aux prix de l’énergie
De nombreux économistes estiment que les dirigeants politiques imputent trop facilement les difficultés industrielles à la surcapacité, sans s’attaquer à d’autres problèmes structurels. Le cas de l’acier ne fait pas exception à cette tendance.
Les prix élevés de l’énergie doivent être traités avec la même urgence.
La question risque de devenir de plus en plus cruciale, les processus de production décarbonés nécessitant en général davantage d’électricité par rapport aux procédés industriels traditionnels.
Par exemple, la production d’acier vert requiert en moyenne trois à quatre fois plus d’électricité que celle issue des hauts fourneaux classiques. La fabrication de ciment durable requiert au moins le double.
Les coûts énergétiques élevés constituent donc un frein important à la compétitivité industrielle européenne.
En 2024, le prix de l’électricité dans l’UE était 2,2 fois supérieur à celui des États-Unis et deux fois plus élevé qu’en Chine.
Cela s’explique notamment par la dépendance européenne aux combustibles fossiles importés (en particulier le gaz naturel), un manque d’infrastructures au sein du réseau électrique, et le poids des taxes et redevances sur les factures d’énergie.
L’accès au capital reste limité
Au-delà des prix élevés de l’énergie, la décarbonation industrielle exige des investissements coûteux dans les technologies vertes, ce qui accroît encore la pression sur les secteurs difficiles à décarboner (hard-to-abate sectors), tels que la sidérurgie.
Les mesures commerciales de sauvegarde ont un rôle à jouer : la surcapacité mondiale pèse sur les prix et diminue les bénéfices, réduisant ainsi le capital disponible pour investir dans les technologies vertes.
Toute action visant à lutter contre la surcapacité contribue donc à libérer des ressources pouvant être consacrées à la décarbonation.
Cependant, l’accès au capital constitue un problème plus complexe : la fragmentation du système financier européen limite sa capacité à financer les projets industriels d’envergure et à haut risque nécessaires à la transition écologique.
La suite
Les nouvelles mesures de protection sur l’acier — qui devront être approuvées par le Parlement européen et le Conseil — constituent un instrument essentiel pour faire face à la surcapacité mondiale. Si elles sont adoptées, elles remplaceront les dispositifs actuels, qui expirent en juillet 2026.
Le véritable défi pour l’UE réside toutefois dans la résolution de problèmes structurels qui mettent en péril la viabilité de nombreux secteurs de l’industrie.
L’utilisation de mesures protectionnistes risque d’être insuffisante si les problématiques parallèles liées aux coûts élevés de l’énergie et à la fragmentation du système financier ne sont pas traitées en urgence.
LEGAL CHECKING
Avec Les Surligneurs
Démissionnaires à Paris, décideurs à Bruxelles : le droit européen plus fort que le droit français ?
Un gouvernement démissionnaire ne peut plus agir politiquement : il se limite à expédier les affaires courantes et n’a plus de légitimité pour engager l’État.
Pourtant, à Bruxelles, les ministres français démissionnaires continuent de siéger au Conseil de l’Union européenne, où se décident sanctions, budgets ou encore les quotas de pêche.
Ainsi, en décembre 2024, Michel Barnier venait d’être renversé par une motion de censure. Malgré cela, ses ministres participaient encore aux réunions du Conseil de l’UE : Jean-Noël Barrot défendait la position française sur l’Ukraine et la Syrie, tandis que Fabrice Loher, ministre délégué à la Mer, négociait les quotas de pêche méditerranéens.
Ce paradoxe illustre une particularité européenne : au Conseil, le ministre incarne l’État, quelle que soit la situation politique interne.
Si, en France, la démission suspend la responsabilité, à Bruxelles, elle ne prive pas d’action. L’Union ne connaît ni vacance du pouvoir ni affaires courantes : sa continuité dépasse celle des gouvernements nationaux.
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