Un mois avant l’enlèvement de Nicolas Maduro et le renouvellement des menaces de conquête du Groenland, la Commission européenne publiait une communication sur le “renforcement de la sécurité économique” de l’UE.

Pas tant une doctrine qu’un nouveau document de travail

Attendue depuis plus d’un an, ce qui avait été assigné au Commissaire au commerce et à la sécurité économique dans sa lettre de mission comme une doctrine s’avère être une mise à jour de la “stratégie” de 2023. Loin du feu et de la fureur américains, la stratégie européenne risque de marquer le pas face à un monde qui s’emballe.

Ce nouveau un plan de travail met en cohérence les nombreuses initiatives en cours, en confirme quelques nouvelles et préfigure une inflexion de certains instruments. Si ce vaste tour d’horizon est structuré autour de six zones de risques élevés, il faudra repasser en matière de priorisation des efforts, pourtant demandée par des observateurs avisés.

La gouvernance et le digital enfin au centre de l’attention

Pas la dimension la plus médiatique, la communication investit fortement les enjeux de notre organisation collective en matière de gouvernance et de digital.

Sont abordés en détail à la fois la gouvernance de l’UE à 27 et le partage de l’information, y compris avec le secteur privé. Ces dimensions sont essentielles à une appréhension de qualité d’un sujet singulier par son ubiquité.

La Commission propose donc de développer un système d’information classifié autour d’un Réseau de la sécurité économique associant les États membres.

Ce réseau serait adossé à un Centre d’information en matière de sécurité économique et un groupe rassemblant des représentants du secteur marchand, précieux à ces discussions souvent à forte teneur technique.

Autre nouveauté notable, quoi que plus attendue, l’inclusion pleine et entière des enjeux numériques. A l’heure où la totalité de notre économie dépend de ces outils, cela était pour partie déjà à l’œuvre en pratique.

Les inflexions concrètes sont donc plus de l’ordre de la confirmation d’orientations récentes — mise en œuvre de standards de cyber-sécurité, préférences envers certains produits européens et soutiens nouveaux aux semi-conducteurs et au quantique — que de la rupture.

Dans le même registre d’annonces préexistantes confortées par cet objectif de sécurité économique, les priorités du second mandat d’Ursula von der Leyen figurent en bonne place :

  • Préférence européenne pour des produits critiques.
  • Conditionnements pour les investissements étrangers à la valeur effectivement apportée au continent.
  • Exclusion des “partenaires à risque” des programmes industriels et de recherche.
  • Intégration formelle des politiques commerciales et de concurrence à la sécurité économique.
  • Développement/maintien d’un leadership dans certains technologies critiques.
  • Soutien aux capacités industrielles de défense.

Des nouvelles initiatives apparaissent bien dans le document, mais le plus souvent sous la forme d’étude sur l’opportunité de nouveaux outils et de guide de bonnes pratiques, aux implications plus incertaines à moyen terme.

Les ressources et les compétences toujours en suspens malgré l’urgence

Ce joli panorama ne doit pas faire perdre de vue que, malgré les multiples réformes entreprises, la sécurité économique européenne est plus précaire aujourd’hui qu’en 2023.

Nos dépendances sont plus importantes, notre empreinte dans les domaines critiques plus précaire, tandis que nos partenaires sont plus fréquemment disposés à la coercition et toujours plus investis dans la réduction des leurs.

Et la communication de la Commission témoigne en creux de nos lourdeurs.

Les standards de sécurité économique et les nouveaux partenariats pour sécuriser certains approvisionnements sont de nouveau évoqués, sans n’avoir connu ni avancée ni renouvellement de l’approche. Idem pour les partenariats en format G7.

Encore invoquée, la capacité des Européens à répondre fermement à des coercitions économiques étrangères, toujours à l’agenda, reste toujours à démontrer.

La relative lenteur de nos réactions face à l’amplification des menaces s’explique par deux facteurs hors de portée de la Commission : les coûts économiques et politiques supplémentaires que nous sommes prêts à y consacrer ; la distribution de ceux-ci et des risques afférents entre Européens.

La Commission rappelle bien que les Européens “vont devoir être prêts à accepter des coûts économiques au profit de la réduction de leurs vulnérabilités”. Cependant, à la fin des fins, c’est aux États membres et à leurs gouvernements de régler les factures et de porter les risques. Et entre difficultés économiques, tensions budgétaires et polarisation politique, les arbitrages n’ont rien de simple.

Accaparés par les enjeux urgents de défense et du soutien à l’Ukraine, les dirigeants européens ont traînent des pieds sur la sécurité économique, aussi bien sur les ressources budgétaires et administratives nécessaires à sa poursuite que sur les prérogatives à éventuellement mettre en commun.

Certaines urgences derrière nous, espérons que contrairement au document de 2023, les chefs d’État européens s’approprient pleinement les orientations de celui-ci pour nous donner les moyens de notre sécurité dans ce monde hélas toujours plus menaçant.

Sans une action décisive, la Commission sera condamnée à des panoramas de nos insuffisances, et les Européens à la “lente agonie” sur le front géopolitique que Mario Draghi craint déjà pour l’économie.


La laine de mouton, levier d’agriculture circulaire entre élevage et verger

Agronome indépendant, Olivier Rey décrit comment la ferme du Clos Bernard transforme la laine de mouton, privée de débouchés, en ressource stratégique pour ses vergers et ses cultures.

Quand le marché japonais de la laine s’effondre, la ferme perd son débouché et doit trouver une solution locale. Les brebis Shropshire entretiennent les pommiers, limitent les maladies et les ravageurs, tandis que leur laine, mélangée à la luzerne, devient un paillis qui retient l’eau, nourrit le sol et abrite des auxiliaires.

Dans un contexte de marchés instables, de hausse du coût de l’énergie et de tensions sur les matières premières, cette synergie élevage–verger–grandes cultures incarne une bioéconomie territoriale. Elle renforce l’autonomie, réduit les intrants et rend le modèle agricole plus viable et désirable.

Pour découvrir ce modèle d’avenir et les initiatives qui le portent, rendez-vous sur le site agriculture-circulaire.fr.